Au détour du chemin

- 1er avril 2007 -

Le bon tour Vaillat à Moirans-en-Montagne
(Jura, Fr)
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Vaillat Emile, 1945 - 2000, manufacture générale de tournerie", apparait dans le livre de Gérard Bidault, "Les tirebouchons.français" à la page 215. Je suis allé à Moirans-en-Montagne. Aujourd'hui, en 2007, la tournerie Vaillat fonctionne toujours et j'ai été très bien accueilli par Joëlle Courtin, la nièce d'Emile Vaillat et la fille de Noël Vaillat, les deux frères fondateurs. La tournerie Vaillat tourne encore, mais rien à voir avec l'activité des années 1970... Ce savoir-faire est bien préservé par les trois enfants et le petit-fils de Noël Vaillat. Si vous passez par Moirans, lors d'un séjour dans le Jura, allez les voir !
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La galalithe
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Dans l'atelier couvert de copeaux de bois, un homme derrière une machine s'active. Michel Courtin, la trentaine, casque sur les oreilles, positionne des morceaux de buis sur son tour et les transforme en cuiller à moutarde, rond de serviettes, presse-citron, casse-noix, coquetiers, quilles. et en tire-bouchons. Nous sommes à la Tournerie Vaillat , à Moirans-en-Montagne (la capitale du jouet). Une des rares tourneries artisanales qui fabrique encore des tire-bouchons. Le fameux tire-bouchon à hélice en forme de cloche que tout le monde connaît, des tire-bouchons en "T" de différentes tailles et un tire-bouchon de poche à étui vissant, dit de "pique-nique". Ces tire-bouchons sont en buis ou en hêtre.
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detour-tire-bouchonsRonds de serviette, sabliers, tire-bouchons cloche, mini-quilles, maxi-quilles,
salières, poivriers, coquetiers... Quelques objets tournés chez Vaillat.
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Au tout début, dans les années 1945-1950, la tournerie Vaillat fabriquait des objets uniquement en galalithe. Un plastique à base de lait. La tournerie produisait alors avec cette galalithe des porte-mines, des fume-cigarettes, des boutons, des bracelets, des perles et le tire-bouchon de poche à étui vissant.
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La galalithe a été créée à la fin du XIXe siècle. Elle arrive après le celluloïd (produit à base de coton, camphre, alcool à 90° et nitrate) :une des premières matières plastiques inventée aux États-Unis par les frères Hyatt en 1869. Son invention vient de la volonté américaine de sauvegarder l'éléphant et arrêter le commerce de l'ivoire, utilisé, entre autres, pour fabriquer les boules de billard. Le celluloïd a connu un succès mondiale. Mais il avait défaut : son inflammabilité.
La galalithe est découverte en 1889. Son procédé d'obtention a été affiné au début du siècle : un chimiste français, Jean-Jacques Trillat, trouve le moyen d'insolubiliser la caséïne (protéine du lait) en y rajoutant du formol qui garantit donc sa conservation.
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galalithe-objetsA gauche, des stylos porte-mines. A droite, des fume-cigarettes,
des colliers et un bracelet. Tous ces objets sont en galalithe.
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"Galalithe" est un mot qui vient du grec et signifie "pierre de lait". C'est un matériau obtenu en faisant cailler du lait. A l'époque, on mélangeait du formol au lait ; on extrayait alors la caséine, puis on la séchait et on la comprimait. Au musée du Peigne et de la Plasturgie à Oyonnax (Ain), il existe des ateliers pour enfants où ils peuvent fabriquer de la galalithe. Mais le formol, un produit dangereux, est remplacé par du vinaigre pour cailler le lait. On pouvait lui donner n'importe qu'elle couleur en ajoutant des pigments
L'Ambrolithe est une marque commerciale dont le siège se trouvait à Paris, rue des Archers. L'Ambrolithe, c'est de la galalithe mais d'un aspect presque transparent qui s'apparente à l'ambre. Il existait d'autres marques de galalithe comme, par exemple l'Oyonnalithe (d'Oyonnax, dans l'Ain). La galalithe était très en vogue jusque dans les années 1970 où son usage disparaît face à la concurrence des plastiques de synthèse à base de pétrole. On pouvait lui donner n'importe qu'elle couleur en ajoutant des pigments.
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tb-galalitheTire-bouchon pique-nique en galalithe.

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Plastique et bois
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Première impression quand on arrive chez Vaillat : les locaux semblent à l'abandon. L'entreprise a employé jusqu'à une trentaine d'employés, quand l'activité était florissante. Surprise quand on pénètre dans les locaux, l'activité perdure, certes moindre que dans les années 70, mais l'essentiel est préservé. Aujourd'hui, ils ne sont plus que quatre. Les trois enfants et un petit-fils de Noël Vaillat : JoëlleCourtin et son fils Michel, Jacques Vaillat et Jean Vaillat. Joëlle Courtin est donc la nièce de Emile Vaillat : "C'est lui qui a créé l'entreprise à Moirans en 1945 avec son frère Noël". Avant la deuxième guerre mondiale, les deux frères étaient à Pratz (à quelques kilomètres de Moirans) et ils tournaient déjà de la galalithe. Une activité courante à l'époque. Les tourneries sont alors nombreuses dans le Jura et le jouet en bois est roi.
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detour2-6La gare de Moirans-en-Montagne.
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Arrivent les plastiques modernes, à base de pétrole, vers 1955. Une révolution. L'entreprise s'adapte. "Nous avons été les premiers à acheter une presse pour le plastique", se souvient Joëlle, "On faisait surtout des articles pour les écoliers, des perles, des colliers, des coupe-pâtes..." Le plastique moderne a remplacé la galalithe.
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La concurrence avec les plastiques modernes est trop importante. La tournerie investit dans un moule pour faire des manches en plastique. Elle est sollicitée par Procter & Gamble pour un "cadeau" Bonux : un tire-bouchon au design moderne que le consommateur découvrait en achetant sa lessive.
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L'entreprise a commencé aussi à cette époque à tourner le bois et à fabriquer, entre autres, des tire-bouchons en augmentant sa gamme : "Au début, on achetait les mèches à Courbevoie, au 291 rue Saint-Denis, chez Arthur-Frank Timson (un pharmacien américain né à Boston, USA, en 1870). Puis on a acheté des machines pour faire nos mèches. Aujourd'hui on se fournit à Thiers".
Sa gamme en tire-bouchons - et en autres objets - s'accentue. Elle fabrique alors le tire-bouchon à hélice avec une cloche, très en vogue à cette époque-là.
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cloche-vaillatA gauche, extrait d'un catalogue de Vaillat (1970 ?) montrant le choix de tire-bouchons en bois :
cloche à hélice, en T, pique-nique... et à droite, des tire-bouchons en cloche, fabriqués en 2007.
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La fabrication d'un tire-bouchon à cloche nécessite une dizaine d'opérations.
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cloches-bois-vaillatA droite, 3 types de tire-bouchons cloche en buis - rond et octogonal - et hêtre (le dernier).
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toursDifférents tours : cuiller à moutarde, presse-citron, TB pique-nique (de gauche à droite).
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"Dans les années 1950-70, ce tire-bouchon était exporté en Angleterre et aux États-Unis", rapporte Joëlle "Nous faisions venir alors le buis des Pyrénées, par wagons entier. Aujourd'hui, ce sont des paysans ou des gens en retraite qui nous en apportent, quand ils font une coupe de bois".
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Le savoir-faire
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Dans les années 1970, cette fabrication artisanale ne peut pas résister à la concurrence industrielle française et étrangère. En 1981, un incendie détruit le magasin et une grande partie des stocks. Pertes très importantes pour l'entreprise.
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De plus, les marchés diminuent petit à petit. Moins de demandes à l'export. Finis les commandes de 20 000 à 25 000 exemplaires pour le Royaume Uni et les USA. L'activité de la tournerie baisse. Aujourd'hui, les ateliers semblent fossiles. Abandonnés, désertés ? NON. Parce que ces machines achetées par Emile et Noël Vaillat sont, pour la plupart, encore en état de bien fonctionner.
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atelier-montageL'atelier de tournage et montage, apparemment déserté... et un tour qui semble abandonné.
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Et, à l'occasion d'une commande, ces machines, ces tours tournent, parce que entretenues pas les quatre héritiers : Joëlle à la gestion, Jacques et Michel sur les tours et Jean, pour le moulage plastique. "Nous continuons à fabriquer des tire-bouchons, des cuillers à olives, à miel, à moutarde, des presse-citrons... ", annonce Joëlle.
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cuiller-tbDes tire-bouchons pique-nique et des cuillères à moutardes, à olives, à miel.
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diversUn presse-citron et un casse-noix et des bouts de buis, prêts à être tournés.
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produits-vaillat4 tire-bouchons  produits par Vaillat : pique-nique, barillet, rugby et droit.
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"Nous avons encore un peu de stock de galalithe et nous avons repris le tournage récemment, un client nous ayant commandé des perles". Lors de ma visite, en mars 2007, Jacques Vaillat a remis en route le tour pour les perles. Les barre de galalithe, guidées par Jacques, se sont transformées en perles... Le savoir-faire est toujours là et les machines, malgré leur âge, tournent.
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detour3-10La perle brute, sortie du tour (à gauche), puis polie et encore tournée..
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jacquesLa galalithe en barre, prête à être tournée... Puis Jacques surveille le passage de cette barre..
que le tour modèle en petite sphère percée en son centre.
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A Moirans-en-Montagne, il existe encore de nombreuses tourneries, artisanales et industrielles. On peut qualifier ce village de "capitale du bois tourné". Une visite incontournable : le musée du jouet. A faire découvrir à nos charmants bambins, habitués aux jeux électroniques et qui restent fascinés devant ces jouets tout simples, qui n'ont pas besoin de piles.
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detour2-5Vue générale de Moirans.

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etiquetteTournerie Vaillat
28 avenue Saint-Claude, Moirans-en-Montagne
tél. 03 84 42 00 45

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