Au détour du chemin

- 1er mai 2008 -

Farol, coutellerie marine
(La Rochelle, Fr)

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En 1985, le navigateur, ingénieur de formation, Sylvain Berthommé s'est installé dans l'espace Encan de La Rochelle pour fabriquer et commercialiser "son" couteau : le Farol. Un vrai couteau de marin -de qualité- fabriqué de façon artisanale qui séduit les professionnels de la mer et les amoureux de la grande bleue. Mais au delà de l'originalité de ce couteau avec son manche en forme du cachalot et sa lame forgée, Farol reste avant tout pour Sylvain une aventure humaine. A l'image des mini-transats auxquelles il a participé.
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Un couteau de marin
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farol_sylvain"Farol est une aventure un peu en décalage par rapport à mon parcours et qui a été plus loin que ce que j'aurais imaginé. Une aventure humaine avec une équipe qui a confiance en moi et il ne faut pas que les trompe." Sylvain Berthommé a lancé sa coutellerie Farol en 1996, dans une case de l'ancien Encan, à La Rochelle  : "J'ai commencé tout seul. J'ai eu ensuite besoin de quelqu'un à mi temps, puis à plein temps. Et maintenant six personnes travaillent avec moi. Une progression très lente et régulière." Aujourd'hui, ses couteaux -et tire-bouchons- sont diffusés en France (le long de la côte Atlantique, dans la région Rhône-Alpes.) ainsi qu'en Suisse. "On va aussi être bientôt présent en Espagne et aux États-Unis."
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farol_logo2"J'ai eu l'idée de faire ces couteaux-là quand j'étais en escale aux Açores où les cachalots sont très présents. Je voulais un nom portugais en référence à ces îles  : j'ai opté pour "Farol" qui signifie "phare". Sur mon logo, le "F" est en forme de phare. J'ai réalisé après que "Farol" résonnait comme "fabriqué à La Rochelle". Un hasard."
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"Étant navigateur, j'ai bénéficié du réseau de solidarité entre marins. Mes premiers clients ont été des gens qui faisaient du bateau. J'ai équipé mes copains qui continuaient à courir au large. C'est aussi mon passé de navigateur, de coureur au large qui est à l'origine d'articles dans la presse sur ma nouvelle activité et ces articles ont généré des demandes."
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"Coutelier, c'est un métier. J'ai fait pas mal de choses avant qui m'ont permis d'aller assez vite dans l'apprentissage de ce métier : je suis ingénieur, j'ai travaillé au CNRS ; j'ai aussi eu une formation en métallurgie. Je me suis mis à fond dans la coutellerie et j'ai appris assez vite."
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"Je voulais absolument que mes lames soient forgées, c'était un plus. Je pense être le seul actuellement à faire forger mes lames en acier inoxydable 12C27, à Thiers. Thiers va arrêter de produire ce type de lame. C'est pourquoi je compte les faire moi-même, dans mon nouvel atelier."
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"L'acier subit d'abord des traitements thermiques différents. On réalise ensuite l'émouture, opération très importante : les lames sont meulées pour arriver à la forme pratiquement finale, la forme qui le rendra coupant. Après on détoure le lame et la découpe se fait avec une presse. Viennent alors les finitions. Le polissage est fait au tampon : sur les aciers que l'on utilise, cette phase est très importante ; elle patine l'Inox et le rend vraiment inaltérable."Dernières opération : l'affûtage et le marquage.
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"Tout le mécanisme est en acier Inox. Ce mécanisme est découpé au laser. A la presse, ça ne passe pas : c'est trop fin comme découpe. Ce travail n'est pas fait chez nous. On récupère ensuite les pièces et on les finit."

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De la bille de bois au manche
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"On travaille avec des bois précieux ou fruitiers. Du bois massif, pas des plaquettes. On reçoit ce bois sous forme de billes que l'on débite à l'atelier pour arriver à un tasseau de 25mm de section. On trace sur ce tasseau le profil du manche ; on le découpe ensuite avec une petite scie. Tout à la main. Puis on fait la saignée -avec une scie conçue pour- qui va recevoir le mécanisme. Ensuite, vient tout le travail de façonnage à main levée, et enfin le polissage. Très important. Aucun manche n'est verni. Aucun traitement : le bois reste absolument naturel. Et c'est l'usage du couteau qui en fait la patine. Chaque pièce est unique."
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Phase finale : assemblage du mécanisme dans le manche, perçage des rivets et l'affûtage (en plusieurs étapes pour avoir un tranchant parfait et durable).
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"Si on part du tasseau pour arriver au manche fini, il faut compter au moins deux heures de boulot. Pour la partie acier, mécanisme -mis à part le travail de la forge- on compte en moyenne une heure. Suivant les essences de bois, il faut donc entre deux et trois heures pour faire un couteau cachalot."
"On a aussi des commandes particulières avec des personnes qui souhaitent un couteau avec un manche dans le bois d'un arbre qui était chez eux, ou dans la membrure d'un bateau dont ils ont changé une pièce. Et puis on peut avoir des gens qui ont envie d'avoir un couteau qui sort de l'ordinaire. On en discute et je vois si je peux le faire."
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"On fabrique assez peu de tire-bouchons. Que pour les collectionneurs ou ceux qui ont envie d'avoir un bel objet. On ne se situe pas dans le tire-bouchon domestique que l'on trouve couramment dans le marché."
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Les couteaux cachalot n'ont pas de vrille de tire-bouchon : "Il n'est pas possible de l'adapter sur un tel manche -forme cachalot- et ce ne serait pas très esthétique", constate Sylvain Berthommé. "En mer, quand je dois déboucher une bouteille et si je n'ai pas de tire-bouchon, j'utilise toujours la lame d'un couteau. J'ai donc inventé un système, mais pas avec une mèche traditionnelle de tire-bouchon : il s'agit d'une lame un peu particulière et ce système s'insère bien dans un manche cachalot." Un couteau-tire-bouchon encore à l'état expérimental.
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tire-bouchons

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La mer... Partager
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Sylvain Berthommé a participé à plusieurs courses au large dont quatre mini-transat, sur des voiliers 6,50m, en 1983, 1985 (vainqueur de la 1ère étape et 3e au classement général), 1987 et 1993. En 1995, Nicole van der Kerchove décide de traverser l'Atlantique en solitaire avec des cerfs-volants. "Elle était venue me voir pour que je conçoive ces cerfs-volants. Elle est partie des Canaries et je l'ai rejointe avec mon bateau pour achever la préparation de sa traversée. Je suis ensuite remonté des Antilles aux Açores.  A cette époque, j'étais en panne de boulot. Il fallait absolument que je trouve quelque chose et j'ai eu cette idée de fabriquer un couteau de marin."
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merSylvain Berthommé dans le Seno Garibaldi (Patagonie) en 1998. Et Mini-transat 1993 avec "Gazon Futé".
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"Je n'ai pas vraiment quitté la mer. Mon atelier est dans l'ancien encan du port de La Rochelle , à trente mètres du bassin des Chalutiers. C'est symbolique. J'ai toujours un bateau et je continue toujours de naviguer. J'ai même encore des projets d'engin de vitesse et je continue mes travaux sur les cerfs-volants, sur les voiles."
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phare_du_bout_du_mondeSylvain Berthommé a participé à l'expédition
du "Phare du bout du Monde" (détails ici)
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"Le couteau est l'outil numéro un du marin. On fait tout avec." Avant, les marins ne pouvaient utiliser que des couteaux fabriqués par des montagnards, comme les Laguiole ou les Opinel. "Ces couteaux montagnards n'étaient pas, à l'époque, adaptés à la mer. Ils pouvaient s'oxyder, les lames étaient trop fines et leur design n'était pas spécialement tourné vers la mer. En mer, il nous faut une lame robuste, avec un bon tranchant et qui ne s'oxyde pas. J'ai conçu un couteau différent, et, avec cette forme de cachalot, très ergonomique, on est loin de la montagne."
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"Le cachalot est l'animal le plus impressionnant que l'on puisse rencontrer sur terre. Quand on en croise un en mer, c'est une belle rencontre. J'en ai vu surtout quand j'étais aux Açores. Les cachalots font le tour de l'Atlantique, avec les saisons. En été, ils se trouvent pas très loin des côtes des Açores. Ils sont en famille : c'est superbe à voir! Il faut respecter quand même quelques règles de sécurité avec ces animaux impressionnants. Quand ils sont seuls, ça ne pose pas de problème. Quand ils sont en troupeau et quand les jeunes mâles arrivent à l'âge adulte, ils sont assez énervés. J'ai croisé des marins dont le bateau avait été détruit par un cachalot."
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musique_Swing-Basse"J'adore naviguer en solitaire. Mais "solitaire", ne signifie pas "seul". Pour partir en solitaire il faut pas mal de gens en amont. Et après une période en solitaire, j'ai d'autant plus envie de faire des choses avec les gens. Partager, c'est un de mes moteurs et la mer est source énorme d'inspiration."
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musique-bidonleleParmi les passions de Sylvain, il y a la musique. Une autre forme de partage. "A bord d'un bateau, j'ai toujours un harmonica. C'est l'instrument idéal du marin. Jouer tout seul, ce n'est pas très rigolo ; à plusieurs c'est plus intéressant. Avec des copains, on a monté un groupe. Je pimente un peu la scène avec des instruments particuliers."
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Comme la Swing-basse, une contrebasse électrique avec un manche qui peut se plier et modifie alors la tension de la corde. Ou encore un washboard -planche à laver-instrument de musique de jazz Cajun que l'on trouve à la Nouvelle-Orléans. Et un Bidonlélé, genre de youkoulélé avec un bidon d'huile. "J'ai déjà un copain qui a fait un spectacle avec ses instruments là et, bientôt, on fera un enregistrement."
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