Au détour du chemin

- 1er septembre 2007 -

Les Étains de Lyon,
fondeur et dinandier
(Vaux-en-Velin, Fr)
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Dans une boutique de Lons-le-Saunier (39), j'ai trouvé un tire-bouchon en étain marqué "Les Étains de Lyon". La société qui l'avait fabriqué, "La Dinanderie Lyonnaise", avait été vendue en 2002 à deux jeunes : Grégory et Xavier Laurent qui ont associé à leur aventure Pascal Gros, peu de temps après. La nouvelle entreprise a pris le nom de "Les Etains de Lyon". Elle a réorienté l'activité de leur prédécesseur : finit les petits objets trop coûteux à réaliser et difficile à vendre ; place aux comptoirs de bar et à l'aménagement des cuisines.
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La Dinanderie Lyonnaise
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dinanderiedinanderie-reversJacques Gros avait hérité de l'entreprise créée par son père en 1947, "La Dinanderie Lyonnaise". La Dinanderie Lyonnaise était spécialisée dans les objets art de la table. Leur marque, "Les Etains de Lyon", figurait sur un écusson qui accompagnait un tire-bouchon acheté à Lons-le-Saunier (Jura). En 2002, Jacques Gros prend sa retraite et vend son affaire à deux jeunes, Grégory et Xavier Laurent qui prend le nom de "Les Étains de Lyon".
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Le dinandier travaille le métal à froid en le martelant, le pliant. Le fondeur travaille l'étain à chaud, dans les moules. La Dinanderie Lyonnaise utilisait ses deux techniques. Les Étains de Lyon a repris le flambeau et perpétue la tradition. Une des rares entreprises de ce type encore en activité en France.
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artisana 2Photo archives de la Dinanderie Lyonnaise
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La Dinanderie Lyonnaise était spécialisée dans les objets art de la table qu'elle proposait dans différents catalogues. L'un deux regroupait les ustensiles spécifiques au vin sous le nom de "Spécial raisin". On y trouvait des tire-bouchons, des pichets, des tastevin, des carafes, des seaux, des verres, des bouchons, des coupes ainsi que des porte-carte, un pin's sommelier et même un dé à coudre.
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Cliquez sur les pages du catalogue pour les agrandir
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Tous ces objets nécessitaient un travail minutieux et étaient réalisés par des ouvriers spécialisés en fonderie et en dinanderie. Dans le prix de revient, la matière première représentait environ 30%. C'est la main d’œuvre qui coûtait donc le plus cher. Ces objets étaient vendus dans les régions proches de Lyon comme la Bourgogne - Franche-Comté.

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Fondre l'étain
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L'étain est le troisième métal précieux après l'or et l'argent. Température de fusion : 240°C. Le fondre ne nécessite donc pas de conditions de sécurité importantes. Tout ce matériel de fonderie de la Dinanderie Lyonnaise est encore en état de fonctionner.
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moule01 - Le silicone à froid ressemble à de la pâte à modeler.
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moule24- Le couvercle de la centrifugeuse serre les deux parties du moules.
moule47 - On verse avec une louche l'étain en fusion dans le trou central que la centrifugeuse va répartir .
moule2 - Le moule est placé sur la centrifugeuse.
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moule35 - On fait fondre de l'étain dans un réchaud.
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moule58- Les objets sont extraits du silicone.
moule13- Les deux parties du moules sont bien ajustée.
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moule76- Un trou au centre de la centrifugeuse permet d'atteindre les nervures du moules
moule69 - A l'état brut, l'étain est brillant comme l'argent. Il restera à le poncer et à le patiner.
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etains-brutA gauche, tire-bouchon en étain brut - A droite, le même mais poncé.
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Le silicone se travaille aisément. Comme de la pâte à modeler : la matrice en métal dur s'imprime facilement. On le presse ensuite et on le cuit pendant plusieurs heures pour le galvaniser. Suivant les qualités de silicone, les moules peuvent rester souples ou devenir très durs. Du centre du moule, là où l'étain va être versé, partent des canaux qui vont répartir le métal en fusion dans les différents creux. Pour les tire-bouchons, les vrilles sont mises dans le moule et le métal va les emprisonner.
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moules_tire1Les deux faces d'un moule en silicone pour plusieurs objets dont trois tire-bouchons.

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Ce catalogue "Spécial raisin" proposait cinq types de tire-bouchons.
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moules_tireAutre moule en silicone, plus souple, avec trois autres tire-bouchon.

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Les Étains de Lyon

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La Dinanderie Lyonnaise n'est plus. Place aujourd'hui aux Etains de Lyon.
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associes

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Lauréat en 2006 du concours Artinov avec le prix de l'innovation des entreprises artisanales du Rhône, catégorie Métiers, les Etains de Lyon poursuive leur ascension. Grégory, Xavier et Pascal ont leur carnet de commandes bien rempli mais ils ne veulent pas être trop gourmand et veulent continuer assurer avant tout une qualité dans ce domaine particulier : le travail de l'étain, un métal noble.
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"Je suis resté dans la grande distribution pendant six ans et, ne pouvant plus évoluer, j'ai décidé de partir. J'avais alors le choix d'acheter une entreprise ou de chercher un emploi", raconte Gégory Laurent (30 ans). "Mon père est fondeur en or à Lyon et il reçoit le journal de la Chambre de Métiers. C'est dans ce journal que j'ai vu l'annonce de la Dinanderie Lyonnaise qui était à vendre. Je suis capable de gérer, de faire du commerce mais pas de produire. Je ne connaissais rien à la dinanderie ou la fonderie. Mon frère Xavier (35 ans) était prothésiste dentaire. Je lui ai proposé de s'associer. On a racheté cette entreprise tous les deux en janvier 2002. Moi pour la partie commerciale et gestion, lui pour la production".
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machine2Machine pour galvaniser le silicone.
machine La presse à balancier pour estamper.
machine1Un moule d'estampage.
machine3Finition des pièces.
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Pendant quelques mois, ils poursuivent l'activité de la Dinanderie Lyonnaise. Mais 2002 est une année difficile pour l'économie : le passage à l'euro, les 35 heures et puis le 11 septembre. "Au début, on a continué de vendre les produits que faisaient notre prédécesseur. On est arrivé à augmenter le chiffre d'affaires mais cela ne suffisait pas pour créer un salaire décent pour mon frère et moi. Je n'arrivais pas à amener suffisamment de commandes".
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Bar et cuisine

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"Pendant trois ans, mon frère et moi nous sommes battus pour stabiliser l'entreprise. Jacques Gros, l'ancien patron, avait réalisé des comptoirs de bar : "Le grand café des négociants" et "la Brasserie de Georges Blanc" à Lyon. On a continué les petits objets comme fond de roulement et on commencé à faire des comptoirs en se servant de ces deux références pour valoriser le produit."
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"Quant on a repris l'affaire, l'étain n'était pas encore trop cher. Le métal ne représentait que 30% du prix de revient. Aujourd'hui, c'est l'inverse : l'étain vaut excessivement cher. Trois à quatre fois le prix qu'il côtait en 2002 et il représente 60% du prix de revient. L'année, dernière, il était à 7 000 euros la tonne, aujourd'hui, on est déjà à 15 000 euros la tonne. Depuis qu'on a racheté l'entreprise, ca n'a fait qu'augmenter. Impossible donc de continuer à réaliser des petites pièces à des prix raisonnables. On achète l'étain en Amérique du Sud ou en Asie."
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Le troisième associé arrive en juin 2003. "Il nous fallait développer davantage la partie commerciale. La solution : un de mes copains, Pascal Gros. C'est un commercial qui a l'habitude de vendre des produits haut de gamme. Je lui ai proposé d'ouvrir le capital et de s'associer pour développer uniquement la partie comptoirs de bar. Et ça a très, très bien marché. Il a tout de suite compris le produit".
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table"On part sur un support bois qui nous donne la forme du comptoir que le client veut"
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brasserie"Puis on travaille avec des feuilles d'étain ou de zinc de 2mm d'épaisseur que l'on adapte au comptoir ou au plan de travail d'une cuisine"
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"On a explosé en commandes peu de temps après l'arrivée de Pascal. Les comptoirs de bar fonctionnaient très bien. Nous avions déjà à notre actif quelques réalisations : une tout les deux à trois mois. Aujourd'hui on fait six comptoirs et une dizaine de cuisines par mois. Un an après l'arrivée de Pascal, j'ai décidé d'arrêter les petits objets et j'ai développé une partie cuisine pour les particuliers."
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ilot-barL’entremise décline quatre métiers : repousseur, fondeur, soudeur et polissage.
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Leur clientèle : 80% française. A l'étranger : les États-Unis, le Royaume Uni, la Suisse et l'Allemagne.
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